Vipassana

Voir les choses telles qu’elles sont réellement

C’est cela, que nous enseigne Vipassana. À faire l’expérience de la réalité telle qu’elle est. Pour cela, il vous sera demandé de donner dix jours de votre temps, sans contact extérieur, sans téléphone, sans bouquin ou stylo, et en observant six préceptes, qui sont un code de conduite morale. Pendant dix jours, vous vous engagez à vous abstenir de tuer, de voler, de pratiquer toute activité sexuelle, de faire usage d’intoxicants et de manger après 11 heures (pour les nouveaux étudiants, deux fruits vous sont servis à 17 heures). Vous observerez également le Noble silence en vous abstenant de parler ou d’interagir avec les autres méditants.

Bien évidemment, si vous avez des questions d’ordre pratique ou concernant votre meditation, vous pouvez communiquer par la parole avec les enseignants et le/la personne référante qui sont là pour vous guider. Pendant dix jours également, les hommes et femmes vivent dans des maisons séparées, et prennent leurs repas séparément. Seule la méditation se fait en commun dans le hall.

L’héritage de Buddha

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Siddhattha Gotama, le Buddha 

“l’être éveillé”

Vipassana est l’une des formes les plus anciennes de méditation venue d’Inde. Le but de Vipassana est la libération totale de l’esprit et l’éradication de toutes les souffrances. La technique enseignée pendant ces dix jours permet de faire l’expérience de la réalité à travers l’observation des sensations corporelles (vedana) et de commencer à marcher sur le chemin de la purification de l’esprit jusqu’à la libération totale, Nibbāna.

C’est là la contribution de Gotama Buddha il y a quelques 2500 ans. Sa découverte unique, alors qu’il s’assit sous un arbre et fit le serment d’y rester jusqu’à ce qu’il ait atteint la libération totale. Voici ce qu’il comprit :
Gotama Buddha comprit que l’attachement et l’aversion à l’origine de notre souffrance étaient une réponse à des sensations plaisantes ou déplaisantes ressenties à travers nos portes sensorielles (nos cinq sens + l’esprit).
Lorsque nous ressentons une sensation plaisante, agréable, nous souhaitons que celle-ci se prolonge, et nous nous y attachons. Seulement cette sensation est impermanente et sa disparition créé de la souffrance. De la même manière, lorsque nous ressentons une sensation déplaisante, nous souhaitons qu’elle cesse, nous ressentons alors de l’aversion envers cette sensation et nous souffrons de sa présence, notre seule envie est qu’elle disparaisse.
En observant les sensations de notre corps, en comprenant leur caractère impermanent et en apprenant à ne pas y réagir avec de l’attachement ou de l’aversion, nous brisons le cercle vicieux de la souffrance pour le transformer en cercle vertueux du bonheur et de la félicité.

Vipassana peut être pratiquée par tout le monde, sans distinction de croyance, de religion ou confession. La pratique de cette méditation ne rentre en aucun conflit avec ces dernières car elle est universelle, tout comme la souffrance qui nous touche tous-tes. Ce n’est pas une pratique sectaire, mais une réponse universelle à un Mal universel.

La technique

Cette technique de méditation nous aide à développer notre esprit d’équanimité, à savoir l’égalité d’âme, et d’humeur, face aux bonheurs comme aux vicissitudes de la vie.

Les premiers jours sont dédiés à la concentration de l’esprit à travers la pratique de anapana, ou Ānāpānasati en Pali (“conscience de la respiration”). On vous demande alors d’observer votre propre respiration, votre souffle qui entre et sort par les narines. Il ne s’agit pas là d’un exercice de Pranayama, vous ne contrôlez pas votre respiration, bien au contraire, vous ne faites que l’observer, telle qu’elle est, courte ou profonde, rapide ou lente. Pendant ces heures de méditation, on fait surtout l’expérience de notre esprit agité, de nos pensées sans queue ni tête, des souvenirs surgissent, on projette, on planifie. Bref, on est partout, sauf dans le moment présent.

Après quelques jours, on commence Vipassana à proprement parler. On commence l’inspection, l’observation des sensations dans tout le corps de manière plus profonde qu’avec l’observation de la respiration seule. On fait l’expérience de leur nature impermanente, on prend conscience de Anicca (impermanence en Pali), de l’impermanence de toute chose. Toute sensation apparaît et disparaît, de la même manière que la matière elle-même n’est qu’un flux constant de particules qui apparaissent et disparaissent en permanence, donnant une impression de continuité.

Quelle que soit la nature de la sensation, agréable ou désagréable, on apprend à ne pas réagir avec avidité ou aversion, mais à l’observer.

Puisque c’est là que réside notre souffrance : Dans ce que le buddhisme appelle l’ignorance (Moha). L’avidité et l’attachement envers ces choses que nous aimons et qui sont amenées à disparaître du fait de la nature impermanente. L’aversion et la haine envers ce que nous n’aimons pas, notre désir de les voir disparaitre malgré leur présence, nous rend tout aussi misérables, tristes et souffrants.
Cette technique de méditation nous aide à développer notre esprit d’équanimité, à savoir l’égalité d’âme, et d’humeur, face aux bonheurs et vicissitudes de la vie. D’accepter la réalité telle qu’elle est en cet instant.

L’apprentissage de la technique est rythmé par les cours du soir dispensés par S.N Goenka via des enregistrements vidéo et audio. Il permet d’approfondir notre connaissance du Dhamma, la loi de la nature, et de comprendre l’enseignement du Buddha. Chaque soir, c’était un peu la libération pour moi. Ces discours ont répondu à tant d’interrogations, ils m’ont apaisée, rassurée, éduquée aussi.

Le logement, l’enseignement & la nourriture sont dispensés gratuitement. La nourriture offerte est entièrement végétarienne, voire végane. Tous les centres Vipassana du monde fonctionnent sur la base du bénévolat & des dons. Les enseignants ne reçoivent aucune compensation financière ou matérielle, tous les centres sont tenus et entretenus par des bénévoles uniquement. L’argent des dons est utilisé pour permettre à ceux qui veulent apprendre le Dhamma de le faire, quelle que soit leur situation financière. Vous pouvez faire un don (Dana) si vous le souhaitez à la fin de votre cours, rien ne vous y oblige. Vous pouvez également servir pendant un cours de 3 ou 10 jours, ce qui est d’autant plus encouragé, car se mettre au service de l’autre sans rien attendre au retour tout en ayant la chance de méditer dans des conditions idéales permet de renforcer sa pratique du Dhamma dans le quotidien.

Une journée-type

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Les 10 jours de cours sont dédiés à la pratique intense de la méditation, et ce dans des conditions idéales. Les distractions sont réduites au minimum, les interactions aussi. Théoriquement, vous méditez dix heures par jour. Si 3 heures de méditation de groupe dans le Hall sont obligatoires, le reste se fait selon votre bon-vouloir. Cependant, plus vous travaillez, meilleurs sont les résultats obtenus. Tout vous encourage à le faire.
Le dernier jour, on apprend une nouvelle technique de méditation appelée Mettā, la méditation de l’amour, de la bienveillance & de la compassion.
Elle agit comme un baume cicatrisant après cette longue et profonde opération de purification de l’esprit dont vous êtes le chirurgien.

Voici le déroulement d’une journée-type :

4h : le gong sonne, la journée commence
4h30-6h30 : méditation dans le hall ou dans votre chambre
6h30-7h15 : petit-déjeuner
7h15-8h : repos
8h-9h30 : méditation dans le hall
9h30-11h : méditation dans le hall ou dans votre chambre
11h-12h15 : déjeuner
12h15-14h : temps libre
14h-16h : méditation dans le hall ou dans votre chambre
16h-17h : méditation dans le hall
17h-17h30 : collation
18h-19h : méditation dans le hall
19h-20h15 : Discours
20h15-21h : méditation dans le hall & instructions
21h-22h : temps libre
22h : extinction des feux

Mon expérience, les résultats

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Alors, vous vous demandez peut-être si ces dix jours ont changé ma vie.
En quelque sorte, oui. Je peux dire qu’il y a un avant et un après Vipassana.

Je suis arrivée au Centre Vipassana Sobhana, en Suède, sans attente et sans grand espoir pour l’humanité non plus. J’ai du mal à me raisonner quant à une issue positive pour notre histoire. Je suis venue avec le Mal du monde, la boule au ventre, souffrant la cruauté environnante, esclave de mes pensées noires. La réalité est que la vie est souffrance, et cette dernière commence à l’instant même de notre entrée dans le Monde, à l’heure des tous premiers contacts et sensations corporelles, à l’heure du premier cri, des pleurs, puis de l’attachement envers nos parents, et elle continue tout au long de notre vie. On en fait l’apprentissage au cours de ces dix jours.
Avec la pratique de la méditation, j’ai ressenti que la paix était déjà là, en moi, que je ne pouvais faire que de mon mieux dans cette vie. Faire de mon développement personnel et spirituel ma priorité se répercute à travers des pensées et des actions plus justes et réfléchies, sans pour autant que je m’attache à l’espoir d’un monde meilleur, puisqu’il est ce qu’il est.
Cette technique de maîtrise de l’esprit et de l’acceptation de la réalité telle qu’elle est un réel outil de travail qui doit être pratiqué quotidiennement et dont je ressens les bénéfices chaque jour.
Vous ne deviendrez pas Buddha en dix jours, ne vous faites pas d’illusion. Mais si vous travaillez sérieusement et régulièrement, vous verrez des changements. Peut-être que lors de votre prochain conflit, votre colère se fera plus courte,. Peut-être arriverez-vous, l’espace d’un instant, à observer votre souffle dans une situation stressante et accepterez la situation telle qu’elle est plus rapidement que la fois précédente.

Ces dix jours étaient très sincèrement les plus longs de ma vie. Sans distraction, on tourne très vite en rond, on réfléchit beaucoup, on est seul avec tout ce bordel mental. Si les premiers jours ont été libérateurs pour moi, le retour de bâton de l’impermanence a frappé un grand coup le 4ème jour, où j’ai commencé à douter de tout, de la technique, des discours, des bénéfices potentiels, de moi-même, et même de mon aptitude à méditer. Tous ces doutes se dissipent pour peu que l’on s’accroche et que l’on ne cesse de faire confiance à la technique et de la pratiquer. L’esprit est très malin lorsqu’il s’agit de détourner notre attention. Ainsi, parfois on a envie de dormir dès que l’on commence à méditer, et le sommeil nous entraîne de manière irresistible… Tellement irresistible que l’on va dans sa chambre pour méditer “allongé”…. Ou bien vraiment, là, on a trop mal à la jambe, ce n’est plus possible. Ce n’est pas grave, je méditerai plus tard ! On se trouve un tas d’excuses pour ne pas s’assoir sur ce maudit coussin, et pour peu qu’on y arrive, un flot de pensées nous assaillit, on pense à cette couverture qu’on a oublié dans le sèche-linge, les impôts, ce qu’on fera à la sortie du cours, combien d’heures de méditation il reste… On puise encore et toujours dans le tonneau des Danaïdes des sujets de distraction de l’esprit.
Puis arrive un moment où le mental à de moins en moins de quoi s’alimenter. Le manque de contact extérieur et avec d’autres, l’impossibilité donc de comparer, d’échanger, tout nous renvoie à nous-même et à notre propre expérience. On se concentre, encore et toujours, et puis, il n’y a plus ou peu de pensées.
On est, simplement.

Le manque de sommeil n’a pas rendu les choses faciles. Je ne dormais pas ou peu, et mes nuits étaient ponctuées de rêves lucides étranges où des compagnons de boisson m’incitaient à rester boire un dernier canon alors que je tentais de m’extirper du rêve avec l’argument que le gong allait bientôt sonner et que je devais partir méditer. Je me suis aussi surprise à me faire des blagues à moi-même. Encore une fois, l’esprit est très fort pour détourner notre attention, et il redouble de créativité lorsqu’on le prive de distraction !

J’ai adoré la nourriture végé faites maison (tout était vegan sauf certains desserts qui contenaient du lait), manger lentement, en silence, et apprécier chaque pois chiche et chaque tartine de tahini, découvrir en moi cette douce voie intérieure qui y croit malgré tout même si elle disparait parfois. Faire environ 234 fois le tour du parcours dans la forêt de jour, de nuit, avec de la neige, du soleil, de la pluie et mesurer à quel point la nature n’est qu’impermanence et kiffer ma présence ici. Même si parfois je me faisais chier, il faut l’avouer (Pardon my French). Surtout moi qui suis une pile électrique ! J’ai aimé l’ambiance bienveillante et paisible du centre, le silence, encore et toujours ô qu’il est précieux ce silence ! J’ai aimé retrouver le goût du travail, du labeur, de la discipline. Pour moi-même, et pour le reste du Monde.

Même si ce n’est pas toujours facile, j’essaye de pratique Vipassana au quotidien. Même si ce n’est que 15 ou 30 minutes le matin et le soir, c’est en pratiquant le Dhamma correctement et de manière assidue que l’on en ressent les bénéfices au quotidien.
Depuis que j’ai appris à observer mes sensations, je réagis moins au quart de tour. Je suis plus focus et dans l’instant, dans mon travail comme avec mes proches. Je développe mon équanimité, ma tranquillité d’esprit pour pouvoir faire preuve de plus de bienveillance à l’égard de tous-tes.
Et en sachant que je fais de mon mieux, je comprends aussi que ce que je fais est suffisant, qu’un échec n’est qu’une leçon et que garder le sourire aide bien plus que de maudire une situation et de rejeter la faute sur autrui. C’est mon expérience personnelle, à vous de faire la vôtre.

Puissent tous les êtres heureux, être en paix, être libérés.

Puissiez-vous tous connaître l’harmonie et l’amour.

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Pour plus d’information & pratiquer Vipassana en France :
Centre de Vipassana Français, Dhamma Mahi : www.mahi.dhamma.org

 

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